Rue Solférino

Publié le par caro_30

 

Dimanche 6 mai, elle sera rue de Solférino et chantera sûrement dans les couloirs du siège du Parti socialiste si Ségolène Royal est élue présidente de la République. Le 22 avril, elle y était déjà et n'a pas pu s'empêcher de chanter Le Temps des cerises. Marianne James, la diva déjantée du spectacle à succès Ultima récital, devenue membre du jury de "La nouvelle star", le télécrochet de M6, ne se fait aucune illusion sur l'impact de l'engagement politique des artistes. "Cela ne lui ramènera pas une voix."

C'est Philippe De Visscher, ancien producteur de son spectacle et membre du PS, qui lui a proposé de participer, le 12 mars, à la soirée de soutien des artistes et intellectuels en faveur de Ségolène Royal. La chanteuse n'a pas hésité. Et qu'importent ceux, au sein de M6, qui lui ont déconseillé de s'engager. Elle est féministe et a toujours voté à gauche. "Marianne a pris le risque de s'afficher, peu le font. C'est cohérent avec sa manière d'être et ses idées", témoigne André Manoukian, auteur-compositeur, à ses côtés dans le jury de "La nouvelle star".

Marianne James ne cache ni ses sentiments ni ses convictions. C'est la grande gueule de "La nouvelle star". Celle qui met les pieds dans le plat chaque mercredi soir en direct devant quelque 4 millions de téléspectateurs. Celle qui s'étonne à voix haute que les premiers candidats éliminés de l'émission par le public aient la peau "colorée" ; celle qui lance, en félicitant une jeune candidate pour sa performance musicale : "C'est l'année des femmes."

Image Hosted by ImageShack.us

Elle n'a pas supporté le procès en incompétence fait à Ségolène Royal, cette "misogynie latente", cette France parfois "arriérée". Elle aime la France "métissée" et "généreuse". Elle s'inquiète de la "stigmatisation" de l'autre, redoute que "l'on soit en train de reprocher aux pauvres d'être pauvres", se demande comment un pays peut "continuer à avancer s'il n'y a pas de répartition" et se dit "certaine qu'une femme à la présidence sera plus proche des réalités".

Parmi les nombreux courriers qu'elle reçoit, un seul lui a reproché de ne pas être dans son rôle en soutenant Ségolène Royal. Les autres étaient des lettres qui la félicitaient "d'avancer à découvert". Ses admirateurs anonymes saluent sa liberté de parole et ses rondeurs assumées. Ses détracteurs fustigent sa liberté de parole - "On te fera fermer ta gueule" - et se moquent de son physique. "Par résonance", elle a le sentiment que ces critiques machistes renvoient à celles entendues sur Ségolène Royal. "On ne parle pas des implants capillaires ou des UV de ces messieurs politiques", relève-t-elle.

La politique a parfois influencé sa vie artistique. Lorsque Le Pen obtient, dans l'est de la France, 20 % des voix à la fin des années 1980, le rôle de diva à l'italienne qu'elle peaufine se transforme en rôle de diva allemande. "Du jour au lendemain, se souvient-elle. Je n'en revenais pas qu'on en soit encore là, qu'on puisse régresser, se refermer, alors j'ai fait une diva allemande, fasciste, pour provoquer le public." Le personnage d'Ulrika von Glott est né. Il sera sa marque de fabrique et ne la quittera plus.

Repérée en 1993 dans un festival par Philippe De Visscher, qui lui propose d'être mise en scène par Jango Edwards, Marianne James, accompagnée de la pianiste Ariane Cadier, va connaître un succès fulgurant. Elle enchaîne les grandes salles parisiennes et décroche le Molière du meilleur spectacle musical. "Par les couilles de Siegfried (du nom de son amant dans le spectacle), c'est mérité", lâchera-t-elle en guise de discours.

Elle a en plutôt bavé avant d'obtenir ce Molière. Elle a connu la galère des auditions. "Si "La nouvelle star" avait existé, je l'aurai tentée" ; elle a souvent chanté dans la rue. Fille de pâtissier, elle a grandi à Montélimar et évoque sa jeunesse avec gourmandise. Grenouille de bénitier, éternelle déléguée de classe, elle fréquente la chorale et apprend la musique aux côtés de Michel Petrucciani. Elle à la guitare, lui au piano, tous deux sous le regard de Tony Petrucciani, le père de Michel.

Bac en poche, elle s'inscrit au Conservatoire à Paris, travaille le chant lyrique et présente le concours de l'opéra de Paris. Recalée. Alors elle retourne "faire la manche", avec une amie chanteuse, dans le sud de la France et en Italie. Le coup est rude lorsqu'un agent autrichien repère et engage la copine dans la troupe lyrique de Vienne. "J'ai beaucoup pleuré, je pensais n'être bonne qu'à faire la bouffonne", confie-t-elle.

Fatiguée, elle arrête la musique classique et coécrit ce qui deviendra l'Ultima récital, dans lequel, sous les allures d'une diva exubérante à l'allure fellinienne, elle passe en revue toute l'histoire de la musique de Bizet aux Sex Pistols. En avril 2002, fourbue de ce personnage, elle le quitte définitivement. Alors qu'elle avait créé Ulrika à la suite de la montée de Le Pen, elle joue le rôle une dernière fois au moment où le candidat du Front national accède au second tour de l'élection présidentielle. "Le Pen-Chirac c'était too much. Je repensais à ceux qui disaient que Chirac-Jospin c'était la même came, j'étais furieuse que la gauche n'ait pas voté." A la même époque, son père décède. "Je n'en pouvais plus." Elle se retire un an auprès de sa famille.

Mais difficile de faire oublier Ulrika. "C'est ma Cage aux folles à moi, toute ma vie on m'en parlera." Son nouveau spectacle intimiste, Le Caprice de Marianne, est perçu à tort comme une psychothérapie. Elle le monte au Festival off d'Avignon en 2003, en plein mouvement social des intermittents du spectacle. Elle fait grève les premiers jours, mais ne peut pas se permettre, comme beaucoup d'autres troupes du off, de tout annuler. "Je rageais de voir tous ces gens qui n'avaient pas voté en 2002. Quant au statut des intermittents, une fois de plus ce sont les plus pauvres qui ont payé. Pendant ce temps, dans les studios de la plaine Saint-Denis, des entreprises font bosser des gens sous ce statut au lieu de les embaucher", se désespère-t-elle.

Sollicitée par M6 en septembre 2003 pour être la femme du jury de "La nouvelle star", elle hésite, doute, mais comment résister aux sirènes télévisuelles ? "La télé, c'est du 1 000 watts, et ma carrière une bougie", lâche-t-elle. "Elle a été très critiquée pour sa participation à cette émission", se souvient Philippe De Visscher. Elle assume, refuse de cracher dans la soupe, se bagarre pour que les candidats chantent les Beatles ou Gainsbourg plutôt que Céline Dion, se dit fière des lauréats qui ont émergé - d'Amal Bent à Christophe Willem -, mais elle sait que la "récurrence" à la télé peut être, pour elle, un piège.

Marianne James se cherche encore. "J'ai le cul entre deux chaises." Son premier album a du mal à décoller. Elle jure que c'est sa dernière saison de "La nouvelle star". Mais après ? Musique, télévision, cinéma... "Tout est ouvert, un peu trop." Une chose est sûre, jamais elle ne rejouera Ulrika.

Sandrine Blanchard

Trouvé par Marie ici et ici

Free Image Hosting at www.ImageShack.us 
 

Publié dans Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article