Interview 2004

Publié le par caro_30

 

«C'est du cacao amer»

 

© Salvatore Di Nolfi 

MARIANNE JAMES La Castafiore de M6 vient chanter à Genève et à Montreux avec «Le Caprice de Marianne»

 

AIMÉ CORBAZ

27 octobre 2004

 

 

Elle a rangé ses atours de Maria Ulrika von Glott au vestiaire pour se raconter. Aujourd'hui, elle est donc intimiste, ultrafemelle, envoûtante...

«Pour une fois, et c'est rare dans ma vie, le spectacle est peu bavard. C'est une confession intime. Mais attention, ça n'a rien à voir avec l'intime des marchands du dévergondage. C'est une intimité qui a à voir avec l'âme. Je mets les âmes en vibration. L'univers du «Caprice» est sombre. On est dans l'aveu, la gourmandise, le dénuement. C'est du cacao amer.» Et c'est aussi une alchimie entre reprises de classiques comme «Le cinéma», de Nougaro, ou «I Wanna Be Loved By You», de Marilyn, et compositions originales. «Où c'est noir, c'est quand ce sont mes propres textes», ajoute Marianne. Là, c'est 100% cacao.»

Reprises et compositions signées James mises à part, on trouve une chanson de Laurence Boccolini...

Oui, Laurence m'a écrit «3,1416». C'est le nombre pi et ça parle des femmes rondes, de la constante du cercle. Ça parle aussi du jeu de l'amour et du hasard. C'est une voix de femme qui feule dans l'oreille. C'est très noir. Avec Laurence, on est dans l'ultrafemelle, ce qui ne nous empêche pas d'être des militantes dans la vie: on ne reproduit pas les défauts des mecs!

Vous avez suivi une formation classique. Comme Nina Hagen...

A 14 ou 15 ans, j'ai acheté tous ses disques. Elle chantait, hurlait des choses terribles, en anglais, en allemand. J'adorais sa voix, faite pour «Tosca». Nina est un grand soprano dramatique. Elle m'a beaucoup inspirée.

Vous aimiez son goût de la démesure?

Non, de la finesse! La démesure pour la démesure, ce n'est pas intéressant. Ce qui me plaît, c'est quand la démesure agit comme un décapsuleur. J'aime les grandes gueules qui témoignent d'une colère, d'un ras-le-bol.

Etes-vous également soprano dramatique?

Soprano spinto. A 18 ans, je travaillais des rôles comme Aïda. Puis, j'ai réalisé que j'allais passer ma vie à supplier mon père de ne pas tuer mon amant, qui lui-même aurait éventuellement trucidé mon frère. C'est bon, j'en avais fait le tour. C'est pour ça que j'aimais bien Mozart parce que dans ses opéras les nanas sont dévergondées.

Pourquoi avoir quitté le monde de l'opéra?

C'est trop vieillot. Mon caractère s'étiolait. A mes profs, je parlais de Klaus Nomi, de Cathy Berberian. Rien n'y faisait. A force de contenir ma nature, ça a donné «Ultima récital». C'est-à-dire: vous m'emmerdez!

Est-ce que vous n'êtes pas surqualifiée pour être jury dans «Nouvelle star»?

J'ai souffert. On nous gave avec des comédies musicales qui sont d'une indigence! Tout ça avec des gamines de 17 ans qui ne savent pas lever la jambe. C'est pour ça que j'ai défendu Simon Gad, qui a du talent, lui. J'avais aussi envie de foutre un coup de pied dans la taupinière. Les gens qui se sont présentés à «Nouvelle star», ils croyaient qu'on voulait voir leur nombril sur un air de r'n'b francisé, helvétisé. On a été honnêtes en leur disant qu'ils s'étaient trompés d'adresse. On n'avait rien à leur apprendre. Ceux qui ont gagné étaient chanteurs avant de passer sur M6.

Ça ne vous a pas empêchée de signer pour une deuxième saison...

C'est loin d'être signé. M6 en a envie, mais je me fais désirer. Plein de choses ne vont pas, notamment les prestations financières.

 

 

 

 

Publié dans Presse

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